Essai · version courte
Sculpture sociale régénératrice
L’art peut-il faire plus que montrer la crise écologique ? Cet essai décrit un art qui répare la ville : pour les abeilles sauvages, et pour les personnes qui y vivent.
Beaucoup d’œuvres sur le climat et la biodiversité pointent le problème. Celle-ci va plus loin : elle intervient. Depuis trente ans, sur plusieurs continents, la même question revient. L’art peut-il aider à restaurer les systèmes vivants dont nous dépendons, tout en renforçant les liens entre les gens ?
De la nature sauvage à la ville
Les premiers projets se déroulaient dans des lieux isolés, où la tension entre nature et société était la plus visible. Peu à peu, le travail s’est déplacé vers la ville. Ce n’est pas un hasard. Alors que les insectes, les oiseaux et les plantes disparaissent des terres agricoles, la ville devient un refuge inattendu. Avec toute son agitation et ses contradictions, elle est devenue un laboratoire écologique.
Sculpture, habitat et lieu de rencontre
Dans RefuBees, tout cela se rejoint. Un BeeTotem est à la fois une œuvre sculptée, un site de nidification, une source de nourriture et un lieu de quartier. Chaque totem est conçu pour une seule espèce d’abeille sauvage, avec les sites de nidification, le microclimat et les plantes indigènes dont elle a besoin. Non pas une simple convivialité générale envers les abeilles, mais de la précision : fondée sur des recherches sur les espèces présentes à chaque endroit, et sur la norme nationale Basiskwaliteit Natuur.
Autour du totem naît quelque chose de social. Des voisins qui ne se croiseraient jamais autrement prennent soin ensemble du totem et des plantes. Dans les quartiers neufs, un totem s’est vite révélé un point central partagé. Et l’abeille retrouve un rôle ancien : dans de nombreuses cultures, elle était un messager entre les mondes. Aujourd’hui, elle nous montre où en est la ville.
Un pas de plus
L’idée de sculpture sociale partait du principe que l’on peut façonner la société comme une œuvre d’art. La sculpture sociale régénératrice va plus loin : remodeler la ville sur le plan écologique, avec l’art comme médiateur entre les espèces, les connaissances et les habitants. Non seulement une prise de conscience, mais une restauration mesurable. Non pas un projet temporaire, mais un soin durable dans le quartier.
Ainsi, l’art devient une forme de diplomatie écologique. Il traduit l’urgence scientifique en quelque chose que les gens peuvent faire ensemble, à la frontière entre déclin et rétablissement.
Points clés
- Un art qui ne se contente pas de représenter, mais qui répare : sites de nidification, nourriture et effet mesurable.
- La ville comme refuge pour les espèces qui disparaissent des terres agricoles.
- Chaque BeeTotem est conçu pour une seule espèce d’abeille sauvage et ses plantes.
- Prendre soin ensemble relie les voisins, par-delà les différences d’âge et de milieu.
- D’un projet artistique temporaire à un soin durable dans le quartier.
Source : H. Kalliwoda, Regenerative Social Sculpture. The oeuvre of Hans Kalliwoda in an age of ecological thresholds. Essai, en anglais.
De la lecture à la plantation.
Trouvez l’abeille qui appartient à votre quartier, et plantez ses fleurs.